26 juillet 2012
Rachel Monique Avignon, le narcissisme est un art qui traverse le temps
A Avignon, je suis allé voir l’exposition Rachel Monique que Sophie Calle consacre à sa vie, son oeuvre, ses obsessions, à elle-même, comme toutes celles qu’elle a conçues depuis des décennies. Cette exposition est posée, accrochée, déroulée et pendue dans un cloître, bâtiment commun dans cette ville qui fut papale. Celui-ci porte le nom des Célestins qui l’ont fait bâtir, moinillons que l’histoire sans mémoire aurait totalement oubliés si cet édifice fatigué ne rappelait marginalement leur existence passée. Ce lieu est donc hautement symbolique pour une femme qui n’a cessé de se mettre en scène, actrice unique de sa vie et de ses expositions, se confrontant de façon minuscule et obstinée à l’oubli qui frappe les autres pour ne pas affronter le sien.
Rachel Monique est une version recomposée d’une exposition déjà présentée dans les catacombes du Palais de Tokyo (cf mon billet du 21 novembre 2010). Je n’ajouterai rien à mes propos d’alors. Sophie Calle est en dehors de la morale et son imagination pour se mettre en scène va au-delà de la norme sociale. Avec cette exposition, elle va même au delà de la vie, en mettant en scène le plus proche des êtres, sa mère, photographiée, filmée, vivante, mourante et morte, arrachée à l’oubli commun qui hante sa fille.
Autant la vanité furieuse de certaines mises en scène voisines de ce même Festival d’Avignon me met hors de moi par leur vacuité, leur violence vide, prétentieuse, autant la constance sans limite de celle-ci, indéfiniment répétée depuis trente ans dans son intention, constamment métamorphosée dans ses réalisations, ne me scandalise pas. Dit différemment, le narcissisme transformé en art, pourtant sans un flash d’autodérision, m’intéresse. Sophie Calle n’est ni la première, ni la seule, à se mettre obstinément sur le devant d’une scène qu’elle ne bouscule pas, qu’elle émeut peu. Mais les variantes de son obstination à exister publiquement sont souvent originales. Et l’accumulation fait œuvre.
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