24 mars 2015
Bonnard à Orsay, l’exposition de l’été à rater
Je suis allé voir l’expo Bonnard, dimanche matin, au musée d’Orsay. Je le dis tout de suite, ce n’est pas bon, Bonnard. Il y a quelques toiles qui échappent au médiocre, mais globalement, c’est faible. Bonnard me donne l’impression d’avoir été un peintre conventionnel qui prenait du LSD. Cet homme propre sur lui, élégant, sobre dans sa tenue et sa retenue (des photos et films en témoignent) était un peintre ordinaire, sans audace ni imagination. Pas un pompier comme j’ai été tenté de l’écrire, il ne faut pas exagérer, il n’a pas donné dans la nymphette pré-pubère posée nue dans un paysage de colère de Zeus à l’intention de vieux cochons à chapeau melon. Il a peint ce que tout le monde peint ou photographie. Les vues depuis ses fenêtres. Lui-même avec un visage de déporté devant sa glace. Cela ne vaut pas condamnation, Cézanne n’a pas fait autre chose et Cézanne est un grand peintre. Mais Bonnard n’est pas Cézanne. Il n’y aurait eu aucune raison de donner un tel éclat à son oeuvre (une expo à Orsay, ce n’est pas rien en notoriété) s’il n’avait pas dopé à l’acide ses paysages mal fichus. Parce que, là, il n’a pas dû prendre que de la coke, il n’a pas fait dans la dentelle de Bruges, c’est chargé comme un cycliste belge dans le Tour de France. Les couleurs sont dynamitées, explosées, ressemblent aux photos travaillées sous LSD des années 70.
Faire la queue pour voir ça un dimanche matin de grisaille froide qui donne envie de se jeter dans la Seine, c’est courageux. Après, à chacun ses audaces ou ses ennuis, depuis le parvis du musée, il y a vue sur la Seine et le Jardin des Tuileries, c’est joli, c’est le Paris que tout le monde aime et on a le temps de le regarder en patientant pour entrer dans cet espace lourdement, balourdement, recomposé par Gaé Aulenti dans les années 80.
Je conseille une variante, qui n’a pas eu les honneurs d’une visite tweetée par une ministre de la Culture. Une exposition permanente sans mécène, sans publicité, sans raout, où il n’y a pratiquement pas de visiteurs. C’est simplement merveilleux, lumineux. Allez-donc au Havre, au musée Malraux, face à la mer bleue et grise, face aux cargos, face aux ciels à la Boudin, voir les tableaux d’Eugène Boudin. Là, la peinture a un sens et une beauté. C’est du bonheur.
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