31 janvier 2014

Ponte City, métaphore de la société contemporaine

Le Bal présente à nouveau un reportage extraordinaire sur la violence sociale de nos sociétés contemporaines. Ponte City de Mikhael Subotzky et Patrick Waterhouse a pour thème unique l’ensemble immobilier Ponte City de Johannesburg. Un thème décliné sous son unique dimension humaine, bâti sur le lien entre cette tour et ses occupants. De ce lieu unique, les deux auteurs de ce récit ont fait un récit universel.

Le travail est essentiellement photographique (remarquable Mikhael Subotzky, de l’agence Magnum), mais pas uniquement. Et sa dimension photographique ne repose pas seulement sur les prises de vue de ses auteurs (formidables par la puissance créée par les séries), mais aussi sur la présentation de photos, papiers, retrouvés sur place et sur le rappel du mythe originel.
Ce reportage est réellement sidérant. Il l’est d’abord par son contenu, ce village créé sur l’abandon d’un mythe architectural de la société blanche de l’Apartheid. Et il l’est par l’intelligence de sa construction et la qualité de sa réalisation. Tous ses éléments sont au même niveau d’intelligence et de sensibilité.

De l’utopie industrielle des années 60, calibrée pour une élite blanche, au quotidien contemporain d’une société noire ne partageant, avec la communauté du lieu, que l’absence de tout projet partagé, Ponte City nous montre le monde d’aujourd’hui, malade de la disparition des idéaux politiques collectifs. Un monde d’exclus toujours plus nombreux, toujours plus exclus, vidé de tout espoir par la domination de la finance imposant une exploitation sociale sans limite. Mais aussi un monde qui reste obstinément, individuellement, peuplé d’humanité. La mise en forme du récit, je me répète, est remarquable. Les êtres qui sortent de ces photos au cadrage identique de fenêtres mille fois répétées dans leur exacte similitude sont tous différents. Le contraste entre la répétition du béton et l’aléa de la présence humaine est intense. Une autre série de portraits, très forte, est elle aussi liée, portée par le décor, les cages d’ascenseur. Du grand travail documentaire.

Le Bal, 6, Impasse de la Défense, 75018 – Paris
métro Place de Clichy, lignes 2 et 13,bus 54, 74, 81, arrêt Ganneron

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