31 janvier 2011

En remontant la rue Vilin

La Bellevilloise proposait hier soir la projection du film de Robert Bober En remontant la rue Vilin. Il y avait presse dans ses locaux pour voir, revoir en ce qui me concerne, ce film rare. C’est à partir de l’enquête de Georges Perec, menée dans les années 70 sur les immeubles de cette rue en cours de démolition (le parc de Belleville a été réalisé sur les terrains libérés), enquête abandonnée avant son terme, que Robert Bober a construit son film. La minutie des notes est servie par la précision des images. On suit avec une exactitude photographique la disparition des lieux dans l’étirement des ans. Ce film est une reconstruction minutieuse du temps écoulé, séquencée par la destruction des maisons humbles de citoyens pauvres, reconstruction aussi réelle et fascinante que l’ont été les Récits d’Ellis Island, déambulation dans ce qui n’est plus, dans ce lieu unique d’une renaissance terrestre possible, un sas administratif qui ouvrait la porte des Etats-Unis et autorisait un nouveau pouvoir être. Bon nombre de spectateurs étaient venus revoir un quartier disparu. Ils l’ont revu. Mais ce dont leur parlait Robert Bober, ce n’est pas d’une rue, c’est de disparition. Ce que recherchait George Perec, et qu’a traduit Bober, ce n’est pas la rue Vilin de ses cinq premières années, c’est son enfance. Une enfance perdue à un âge où elle ne peut pas l’être, une enfance avec son père, tué en soldat français dans les combats de juin 40, avec sa mère, morte en déportation en 1943. Comme les Récits d’Ellis Island parlent d’identité, En remontant la rue Vilin parle de disparition. Ce vide qui se crée au fur et à mesure de la destruction des immeubles, c’est celui de la vie de Georges Perec. Cette quête minutieuse de chaque détail avant que tout soit rasé, c’est l’impossible recherche d’êtres aimés et la tentative méticuleuse de donner un cadre à leur disparition, en sachant qu’elle n’a pas de sens et n’en aura jamais.

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