13 septembre 2012

Alice Springs à la MEP, aux grands hommes une photographe reconnaissante

La MEP rend hommage à Alice Springs, connue pour avoir été l’épouse d’Helmut Newton photographe de mode célèbre dans les années 70 pour quelques audaces nues, et pour avoir été elle-même une professionnelle de l’image en noir et blanc à la notoriété aujourd’hui passée.

L’exposition se décompose en deux espaces, comme la plupart de celles que la MEP présente. L’architecture du lieu, avec son escalier central desservant deux espaces à peu près égaux doit contraindre les commissaires d’exposition (j’adore ce mot de commissaires, si menaçant, si soviétique) à cette construction binaire. En ce qui concerne Alice Springs, cette séparation fonctionne. D’un côté, il y a son travail publicitaire, de l’autre les grands hommes de son temps. Car Alice Springs est d’un autre temps que le nôtre. Les deux volets de cette exposition en attestent, différemment.

La publicité a toujours inscrit son message dans la légèreté du présent (à l’exception notable des pubs Benetton des années 80). Regarder cette mode mise en images par Alice Springs, c’est constater combien les valeurs des années 70 sont éloignées de celles d’aujourd’hui. Dans cette exposition, l’intelligence l’a emporté sur la lecture salafiste de la loi française qui avait privé Jacques Tati de sa pipe. La cigarette était symbole de vie, d’aventure, symbolisée par le cowboy Marlboro. Le fumeur de Gitanes d’Alice Springs a gardé sa cigarette aux lèvres. Les jeunesses évaporées à grand renfort de laque du coiffeur Jean-Louis David aussi. 

Ces images sont incroyablement datées, datées de cet entre-deux époques, qui va du début des années 70 aux premières années de l’ère Mitterrand. La vie n’y est déjà plus rock’n roll et minijupes. Certes David Hamilton, le photographe de fillettes  peu vêtues, sévit encore  sans que personne ne songe à l’envoyer en prison, mais le soufflet de l’insouciance 1968 est retombé. Il reste des cheveux un peu longs (sur lesquels Jean-Louis David va bâtir sa fortune), mais la société a déjà récupéré sa jeunesse. Elle lui a rangé ses rêves, coiffé ses mèches et trouvé un emploi puisqu’il y en a encore. C’est cette queue de rêve que réveillent les photos grises d’Alice Springs accrochées aux murs blancs de la MEP.

De l’autre côté de l’escalier, l’impression mortifère est plus prégnante encore. On entre dans le cimetière des grands hommes. Il n’y a plus grand monde de vivant dans cette galerie qui étire ses gros plans figés de salle en salle. Garouste, Pierre Berger, BHL, Dennis Hopper, on compte les survivants sur les doigts d’une main dans cet alignement de cadavres avant l’heure posant pour leur solennité. Que de morts. Certains sont restés présents dans notre temps (Keith Haring, habillé comme il peint!), d’autres ont cumulé le décès et l’oubli. Leur pose tombe à vide.

Même l’image date. Ce grain terrible de la kodak noir et blanc argentique renvoie à l’archéologie de la photo, à cette période d’avant le numérique où ne pas avoir suffisamment de lumière était une forme de condamnation du travail d’auteur. 

Alice Springs, Maison européenne de la photographie, rue de Fourcy, Paris, jusqu’au 4 novembre.

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