11 avril 2011
Hervé Guibert photographe
La Maison européenne de la photographie présente actuellement une exposition de 200 photos prises et choisies par Hervé Guibert, décédé en 1991. Des photos en noir et blanc aux tirages durs, contrastés, dans le ton de leur époque, les années 80.
Ces photos ne sont pas différentes de celles qu’on trouve en liasses dans les poubelles, jetées par des héritiers, ou des acheteurs immobiliers, peu intéressés par la vie du mort telle qu’il l’a représentée. Hervé Guibert a photographié les siens, sa famille, ses proches, frontalement, classiquement, sans construire ces images, il a saisi des personnages dans son quotidien, qui étaient aussi le leur, sans mise en scène. Il les a saisis dans leur banalité, qui était plus apaisée que celle du monde de Nan Goldin. La différence avec la plupart des photos de proximité anonymes, c’est que ses amis ne l’étaient pas. On peut donc voir, revoir, Isabelle Adjani jeune, Patrice Chéreau jeune, Agathe Gaillard jeune…
Hervé Guibert s’est également mis en images, mais raisonnablement, sobrement même, pour le milieu très narcissique de l’art dans lequel il vivait. Il a aussi beaucoup saisi les objets de son quotidien, là encore dans leur état et leur situation, sans apprêt.
La question qui vient naturellement à l’esprit, en regardant ces photos (j’ai rapidement renoncé à les regarder en détail, je le précise) est celle de leur présence dans ce lieu. Une fois de plus, la MEP ne présente pas une œuvre photographique, mais les photographies d’un homme connu, reconnu, dans un milieu particulier. Après Lagerfeld, créateur de mode, la MEP expose Guibert, auteur de romans et personnage d’une période brève du milieu culturel parisien. L’exposition mérite donc l’intérêt que le personnage et l’époque suscitent. Mais uniquement pour cela. Dire, comme le prétend le texte de présentation de cette exposition, qu’Hervé Guibert était photographe, c’est affirmer qu’il l’était comme nous le sommes tous. Mais ce n’est que cela.
La MEP pratiquant la variété des genres avec une constante efficacité, je recommande deux expositions de reportages présentées dans les sous-sols : celle d’Henri Huet sur la guerre américaine du Vietnam, prises au plus près de l’horreur, dans une proximité de la violence militaire qui a fini par emporter le photographe. Celle de Vincent Rosenblatt, sur la fièvre du carnaval de Rio, d’une belle empathie visuelle avec des personnages à la sensualité débordante. Ces expositions ont en commun la proximité du photographe avec ses sujets.
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