7 juin 2012
Le Mexique, de Strand à Cartier-Bresson
La galerie éditeur Le point du Jour, à Cherbourg, présente Henri Cartier-Bresson, Paul Strand, Mexique 1932-1934. Une série de clichés de deux maîtres de la photographie de la première moitié du XXe siècle, maîtres pour toutes les époques si l’on préfère, et je le préfère ainsi. Clichés parce que ces images sont tellement présentes dans notre culture photographique, qu’elles font partie de notre bagage culturel contemporain, icônes, rêves, images absolues d’un idéal de photographe. D’une perfection qui en fait des images hors du temps.
Ces deux suites d’images sont proches géographiquement et historiquement, mais fondamentalement différentes. Rarement la confrontation de deux photographes n’a été aussi riche pour le spectateur. Cartier-Bresson photographie des êtres humains au Mexique, Strand le Mexique à travers des êtres humains. L’un montre l’instant dans la vie, l’autre l’éternité, une immémorialité d’un pays symbolisée par des êtres dont la vie a été arrêtée dans une image éternelle. Les Mexicains d’Henri Cartier-Bresson sont des êtres de chair (et pas seulement ces prostituées immobiles dans leur attente professionnelle), des êtres de rire, d’une vie suspendue un instant par l’instantanéité d’une photo. Ils sont d’un temps, d’une époque. Ceux de Paul Strand sont des icônes statufiées, êtres immobiles transformés en statues de sel d’argent, photographiés à l’identique des christs en croix qui les encadrent, dans la neutralité d’une frontalité assumée.
Les tirages appuient ce choix contraire des prises de vue. Aux tirages platine de Strand rendant hommage aux maîtres de la photographie du XIXe siècle s’opposent les gris argentiques de Cartier-Bresson, tirés, juste tirés, impeccablement tirés, mais qui n’ajoutent rien à l’image. L’objet photographique dans le premier cas enrichit l’image icône. Dans le second cas, il s’efface derrière l’image de vie.
Il faut voir et revoir Henri Cartier-Bresson et Paul Strand. Les voir ensemble est un émerveillement.
Le Point du Jour, centre d’art éditeur, 107 avenue de Paris, 50100 Cherbourg-Octeville, infos@lepointdujour.eu, 02 33 22 99 23. Entrée libre du mardi au vendredi de 14 h à 18 h, samedi et dimanche de 11 h à 19 h.
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