5 novembre 2012
Claude Iverné, Photographies soudanaises
La Maison des métallos, rue Jean-Pierre Timbaud, au cœur d’une poche salafiste de la Babel magnifique qu’est l’Est parisien, présente l’exposition Photographies soudanaises de Claude Iverné. Des images d’un Darfour paisible, loin de la confrontation assassine entre musulmans et chrétiens et animistes, qui déchire cette région du Soudan.
Ces séries de photos de Claude Iverné montrent une profonde connaissance de ses interlocuteurs, et une relation de confiance avec eux. En atteste la belle série de portraits frontaux (évidemment, j’ai pensé à August Sander, même si le noir et blanc est traité très différemment) tous légendés des noms des hommes et femmes photographiées. Deux autres séries m’ont particulièrement séduit. Celle des cadavres d’animaux desséchés et celle des boîtes de conserve avec l’indication de ce qu’elles continrent et de l’endroit où elles ont été produites. Voici une façon de dire la réalité du monde formidablement efficace.
Exhaustivité, proximité, neutralité. Claude Iverné photographie au premier degré, frontalement, sans mise en scène. Pas d’escroquerie à l’émotion. C’est du beau travail. C’est même un travail immense. Je le compare à celui de Susan Meiselas sur les Sandinistes, le reportage photographique le plus efficace jamais réalisé, tout en précisant que les images de Meiselas et d’Iverné s’opposent, visuellement, par leur composition et par leur relation à la couleur, respect dans un cas, refus dans l’autre.
C’est le problème de ces photos du Darfour, et il est majeur. Je le dis et le redis au fil de mes retours d’expositions, transformer ses images en les décolorant, c’est de l’esthétisation. Et l’esthétisation, en photo documentaire est une faute morale. J’ajoute que c’est une absurdité de gommer la couleur d’un monde qui en est saturé, une contradiction majeure avec la démarche de neutralité qui émane de toutes ces images. Le reportage sur le Nicaragua en guerre, s’il avait été fait en noir et blanc par Susan Meiselas, aurait été incomplet, et peut-être esthétisant, ce qu’il n’est absolument pas.
Cette critique émise, ne ratez pas les photos de ce Darfour en paix lorsqu’elles seront à nouveau présentées.
PS. Je ne fais aucun commentaire sur la façon dont Claude Iverné a construit cette exposition puisqu’elle se termine. C’est un beau travail, intelligent. J’ajoute que j’ai absurdement raté l’exposition complémentaire consacrée à la Photographie soudanaise, à l’Usine Spring Court quelques rues plus loin. Quel dommage.
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