13 janvier 2011
David Goldblatt à la Fondation Cartier-Bresson
Je disais, hier, tout le bien que je pense du travail de David Goldblatt. Je ne vois pas de photographe qui ait donné une vision aussi juste d’un pays. Bien sûr, il y a les photographes de la FSA, qui ont nous transmis pour l’éternité les visages des victimes rurales de la Grande dépression et du Dust bowl. Mais, quelle que soit la force de leur témoignage, et elle est majeure, celui-ci raconte un moment d’histoire, pas une durée. Malick Sidibé nous montre la société malienne des années 60 et 70, dans l’allégresse de l’indépendance. Comme les photographes de la FSA, il a fixé une époque, il lui a donné une éternité. Robert Franck explore l’Amérique des drive-in. Doisneau, Boubat, dressent un portrait affectueux d’une France de l’entre-deux et de l’après-guerre, populaire et iconique. August Sander photographiait des individus isolés, avec la volonté de présenter des archétypes sociaux. Cette entreprise prométhéenne ne donnait pas à voir une société, mille éléments non assemblés d’un puzzle ne laissent pas imaginer l’image finale.
Mon admiration est acquise à ces photographes. Mais, sans qu’il y ait de hiérarchisation des talents dans mon propos, Goldblatt fait autre chose. Goldblatt n’est pas le photographe d’un moment historique, qui perd pied quand l’histoire avance. Ses images de Johannesburg aujourd’hui ont la même intensité, la même puissance que celles du Johannesburg sous contrôle blanc. Il montre une autre inhumanité, de façon totalement différente. Les vues aériennes de townships sont d’une violence géométrique incroyable. Son regard d’aujourd’hui, en couleur et grand format ou noir et blanc frontal (pour les ex-offenders) a la même acuité que celui des années 60.
Il faut impérativement aller voir l’exposition Goldblatt à la Fondation Cartier-Bresson.
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