23 décembre 2011

Echangeons Jafar Panahi

Nous sommes allés voir Le Miroir, ce soir, au MK2 Beaubourg. Ce film raconte quelques heures de la vie de Mina, une petite fille de Téhéran que sa mère ne vient pas chercher à la sortie de l’école. L’enfant décide de rentrer seule chez elle, et y parvient, échappant sans cesse aux hommes qui ne cessent de vouloir la prendre en charge. Dans une formidable astuce de scénario, Mina échappe même à l’équipe de tournage.
Pour un Iranien, filmer cette métaphore de la femme n’en faisant qu’à sa tête est peut-être un geste héroïque. Mais l’héroïsme ne produit pas souvent du bon cinéma. Ce film est d’un ennui absolu. Le couronner à Cannes, c’est mentir sur le sens de ces breloques offertes à des cinéastes pour les remercier de leur talent. Le jury du Festival de Cannes a commis un acte politique de soutien à un homme emprisonné, mais a trompé le public en décernant des honneurs cinématographiques à un film qui ne les mérite pas.

 

J’ai une proposition honnête à faire à Mahmoud Ahmadinejad et à sa bande de tueurs islamiques. Echanger toutes les copies du Miroir qui circulent en France contre Jafar Panahi. Les dictateurs iraniens se débarrasseraient d’un type ingérable, qu’ils sont obligés de loger et nourrir depuis des mois dans une de leurs prisons. Et il n’y aurait plus aucun risque pour les cinéphiles français de dépenser 9 euros pour voir cet interminable cheminement d’une gamine exaspérante dans d’improbables véhicules à moteur. Nicolas Sarkozy, toujours impatient de défendre la liberté quand elle est menacée à l’étranger, pourrait même imposer au sympathique Claude Guéant une entorse à sa circulaire sur l’accueil à coups de pied dans le derrière des étudiants étrangers, et recevoir Jafar Panahi en France. On lui trouverait une place d’étudiant à la Fémis, il pourrait apprendre à faire du cinéma, manifestement, ça l’intéresse. il pourrait apprendre à écrire un scénario par exemple.

 

Il n’y a pas que le scénario qui pose problème dans le Miroir. Il y a aussi ce goût emprunté à Abbas Kiarostami des plans fixes de bavards assis dans des véhicules à moteur en déplacement. La voiture, en vrai ou en film, me fatigue assez vite, le bus urbain aussi. Avec Kiarostami, il y a un peu de vie derrière le pare-brise, des êtres humains confrontés à une existence qui ne se limite pas à dire que la femme fait mieux le ménage que l’homme, à la société. On s’ennuie à les regarder, mais il y a quelque chose de la société iranienne, et de la vie, qui émerge de ses films, qui leur donne de la chair, malgré les draperies. Panahi n’offre même pas ça en voile de fond de sa passion iranienne pour les moteurs polluants.
Avec tout le respect que j’ai pour cet homme enfermé pour ses idées politiques, son film est ni fait ni à faire, ni, surtout, à voir.

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