12 septembre 2013

Ferrante Ferranti le bel Itinerrant

Je suis passé à la MEP à mon retour de vacances. Un peu au hasard, sans même regarder sa programmation tant ma confiance est grande quant à la qualité de ce que j’y verrai. Même si je suis parfois exaspéré par les expositions de la MEP (l’exaspération n’est que l’expression la plus courante de l’incompréhension), j’y trouve toujours à revoir des photographes que j’ai aimés, et à heureusement rafraîchir ma vue de l’image d’art.

J’ai retrouvé Ferrante Ferranti. Je ne dirais pas que j’ai retrouvé un ami, ni même une connaissance, puisque notre relation n’a jamais été qu’un échange de propos courtois lors d’un week-end lointain à Nantes la grise. Pourtant, j’en parle naturellement comme d’un ami, tant cet homme sait créer une proximité lumineuse avec les gens qu’ils approche. Bel homme, honnête homme, séduisant, qui rend sympathique les personnages qu’il fixe, jusqu’aux saints qu’il a abondamment regardés.
Ferrante Ferranti est connu comme le photographe du Baroque, cet art du foisonnement religieux et de la couleur sacrée qu’il a valorisé en noir et blanc dans une communion d’exaltations errantes avec Dominique Fernandez auquel il est lié par une proximité qui donne chair, par le texte et l’image, à cet art catholique.

Le travail de Ferrante Ferranti, si l’appellation de travail peut être accrochée à cette légèreté du regard sur la vie, ne se limite pas à cela. Il met aussi la couleur de la vie dans ses images, ce que j’ignorais, et l’exposition de la MEP rend justement hommage à cette vue là.

Le talent de Ferrante Ferranti est celui d’un honnête homme qui a muri son regard aux meilleures images du panthéon photographique. Des images qu’on lit en fond d’écran des siennes, comme des calques légèrement superposés, qui ne perturbent pas la vision, mais l’encadrent d’influences et de références. Celles-ci ne pèsent pas à la manière de celles de Karl Lagerfeld, couturier des images comme des tissus, façonneur habile toujours dans l’obsession d’être le premier de sa classe, et même de celles des autres. Ferrante Ferranti ne fait pas de la copie de Cartier-Bresson, de Lucien Hervé ou de Harry Gruyaert. Il regarde et il fige le monde qu’il regarde sans l’ajuster à des modèles à égaler, même si ce regard est pétri du souvenir de nos maîtres.

J’ai donc passé un agréable moment à parcourir ce monde que nous avons fréquenté et aimé, sensible à l’intense proximité que Ferrante Ferranti sait créer et saisir dans ses portraits d’hommes, jeunes, beaux. Un peu moins accroché à ce Baroque en noir et blanc, dont le lissé de marbre souffre parfois du grain trop poussé de la pellicule, ce mode antique de prise de vue qui s’est perpétué jusqu’au tournant de notre siècle et paraît aujourd’hui d’un autre âge et d’une faiblesse cruelle dans sa comparaison avec le numérique.

Les meilleures choses ayant une fin, l’exposition se clôt ce week-end.

Maison européenne de la photographie, rue de Fourcy, Paris 4e

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