8 mars 2013

Joël Meyerowitz

La photographie, je l’ai déjà écrit, est dans la situation paradoxale de ne plus être un média de notre temps. Jamais autant pratiquée, elle n’a jamais été aussi peu utile à la compréhension de notre société. Entre ces deux extrêmes que sont les photos de famille aussitôt oubliées et l’accrochage embourgeoisé de grands formats dans les musées, elle n’a plus d’existence. Même si la mise en scène des dimanches d’été entre copains garde une vitalité, une instantanéité aussitôt oubliée que mise en ligne sur Facebook, cette conception de l’image comme forme forte d’expression est moribonde, reléguée dans ces congélateurs de l’art que sont les musées.
C’est pourtant dans l’un de ceux-ci que je me suis rendu hier. Je suis allé à la MEP voir l’exposition des photos de « Joël Meyerowitz, photographe ». Photographe new-yorkais, si l’on veut, s’il faut le classer géographiquement, photographe simplement, universellement, sa pratique n’étant pas marquée par une appartenance à une école du regard particulière, ni à un lieu qui lui imposerait son sens.
L’accent est mis par les multiples commentateurs de cette exposition sur l’importance de la couleur dans le travail de ce photographe. C’est une réalité. C’est aussi un débat qui me paraît sans intérêt, même si, dans un lieu d’exposition il a encore, malheureusement, un sens. Alors que la photographie a perdu la bataille de l’image au profit de la vidéo, il existe encore une école du noir et blanc. Pour un adulte né après le début des années 60, arrivé à l’adolescence après la disparition de la télévision en noir et blanc, ce débat est juste intellectuel, irréel. Dès les années 70, Meyerowitz a théorisé la vacuité et l’artificialité de cette interrogation. Ses propos restent pourtant profondément utiles dans un lieu d’exposition, leur reprise abondante montrant à quel point ils ne sont pas encore admis, à quel point l’art peut se couper du monde coloré dans lequel il vit tout en prétendant le reproduire ou en donner le sens.

Au-delà de ce débat, et quel que soit l’avis de chacun sur cette question, je conseille de voir cette exposition qui la dépasse largement. L’intelligence de son cheminement nous fait formidablement percevoir ce que peut être l’évolution d’un homme dans son travail. Des photos au hasard des rues initiales, mal inspirées de Robert Franck, et, marginalement de William Klein, à ses portraits de plage pris à la chambre, il y a une maturation magnifique. Les textes courts qui accompagnent le découpage (toujours délicat à effectuer dans un lieu comme l’hôtel de Fourcy) éclairent bien les ruptures mentales de Meyerowitz (ou ses accélérations). C’est beau, fin, éclatant. Ces images nous parlent juste de notre état, de notre société, ont un sens, au-delà de leur qualité esthétique.
J’ajoute qu’une partie de cette exposition est consacrée au travail que Meyerowitz a mené sur les ruines du World Trade Center. C’est la plus achevée techniquement. Visuellement, elle est formidable. N’étant pas Américain, n’étant surtout pas solidaire de cette Amérique-là, je ne ferai pas de commentaire sur ce choix patriotique de photographier ses compatriotes au travail dans les ruines de leur arrogance blessée.

Maison européenne de la photographe, rue de Fourcy, Paris 4e. Ouvert du mercredi au dimanche, de 11h à 20h. Fermé lundi, mardi, jours fériés.
Entrée 8 euros, 4,5 euros pour les fauchés qui peuvent justifier de leur statut de pauvres, les jeunes, les vieux et les intellectuels agréés.

Ces autres journaux de voyage pourraient vous intéresser

De retour des Rencontres photo d’Arles

Retour sur les Rencontres d’Arles : panorama des expositions, découvertes et tensions du festival. L’auteur analyse les tendances curatoriales, œuvres marquantes et dialogues entre générations, en soulignant les temps forts ainsi que certaines réserves esthétiques observées.

Lire la suite »

Bonnard à Orsay, l’exposition de l’été à rater

La présentation de Bonnard au musée d’Orsay invite à reconsidérer sa palette intime et ses compositions domestiques. L’accrochage met en valeur la couleur, la matière et la modernité de son regard, mais l’auteur interroge le parti pris muséographique et l’impact sur la lecture de l’œuvre.

Lire la suite »