7 janvier 2013
Manuel Alvarez Bravo, photographe de l’immobile
Le musée du Jeu de Paume présente une rétrospective du photographe mexicain Manuel Alvarez Bravo, que je suis allé voir, naturellement. Bravo est un photographe mondialement connu par deux de ses clichés, la bonne renommée endormie et l’ouvrier gréviste abattu baignant dans son sang. Il est identifié comme un photographe des années 30 d’un Mexique encore révolutionnaire, alors qu’il a pratiqué la photographie pendant 80 ans.
Cette exposition m’a permis de mieux mesurer ce qu’il fut dans l’univers de la photographie, et ce qu’il n’est pas. Je ne suis pas sorti du musée avec l’impression d’avoir découvert un photographe aux aguets, comme le présente le Jeu de Paume. Mais un photographe statique, et peut-être même figé. Je dirais même coincé s’il n’avait pas photographié des nus féminins bien vivants à un âge où sa sexualité, il doit bien en avoir eu une, devait être, elle aussi, endormie.
De la fin des années 20 aux années 80 du XXe siècle, Bravo n’a pas photographié un mouvement. Je rappelle qu’il fut le contemporain d’Henri Cartier-Bresson, qui, lui, a vu un Mexique vivant et l’a photographié. D’accord, Bravo était un admirateur de Weston, dont on ne peut pas dire qu’il ait aimé la vie, du moins dans ses images. Mais, quelle uniformité ! Toutes ces images sont mortes, endormies, belles endormies pour certaines. Le format des tirages accentue encore cette impression de cohérence immobile, une fausse cohérence puisque l’exposition présente des photos en couleur et en noir et blanc, des tirages d’époque à côté de tirages actuels, des tirages platine avec des argentiques.
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