30 novembre 2013

Mark Cohen, si près, si loin, de l’Amérique

Le Bal présente actuellement une exposition de photographies d’un Américain qui m’était totalement inconnu, Mark Cohen. Cet homme a photographié pendant quarante ans les habitants de la ville qu’il n’a jamais quittée, qui m’est aussi inconnue que lui, Wilkes-Barre, ville minière de Pennsylvanie.

C’est un ensemble que j’ai trouvé particulièrement intéressant, d’une grande cohérence graphique.

Le Bal nous indique très élégamment que Mark Cohen capture, ou plutôt prélève, des fragments de gestes, postures ou corps. En coupant et sculptant ainsi dans l’épaisseur du monde, la photographie de Mark Cohen impose, par touches successives une vision kafaïenne, impitoyable et poétique, d’un territoire avec lequel il fait corps. Répétitif jusqu’à l’obsession, il ne sait ni ce qu’il cherche ni pourquoi il est venu, mu par la beauté d’une rencontre fortuite, par les tourments ou délices qu’il devine dans la substance de l’autre. Une vision de l’intérieur.

Je constate une fois de plus que je ne lis pas les photos d’une exposition du Bal comme ses commissaires. Sur la façon de travailler de Mark Cohen, je suis en parfait accord. C’est même très joliment dit. Sur le résultat, je n’ai rien vu, moi, d’impitoyable ou de kafaïen dans cet ensemble. J’en apprécie la construction, cette utilisation des corps comme matière graphique, l’harmonie qui s’en dégage. Il n’y a pas de violence suggérée dans ces constructions.
La notion d’ensemble prend totalement sens ici. Je ne sais si Cohen a été aussi cohérent en quarante ans de prises de vues que cette exposition le suggère ou si celle-ci crée cette unité à partir d’une accumulation disparate patiemment dépouillée par un commissaire. Le résultat est particulièrement efficace esthétiquement. Humainement, elle ne me dit rien, je ne vois pas de dramaturgie dans ces clichés.

Ce qui nous est donné ne nous dit pas grand chose de nous-même, et rien de l’Amérique profonde, expression relevant aussi du cliché, dont je ne sais s’il a une réalité physique, visuelle, de multiples réalités, ou s’il n’est qu’une construction mentale très répétée. J’imagine Wilkes-Barre en ville emblématique de cette Amérique absente des clichés contemporains et profondément ancrée dans nos imaginaires, cette Amérique de petits blancs qui fascine les imaginaires européens. Mais rien dans les photos exposées ne me permet de valider mon a priori. Et cela m’importe peu. J’aime ces photos qui ne nous parlent que très marginalement de Wilkes-Barre, ville minière de Pennsylvanie.

Mark Cohen, dark knees. Le Bal, lieu d’exposition. 6, impasse de la Défense, 75018 Paris. Métro Place de Clichy. Ouvert du mercredi au vendredi de 12h à 20h (le jeudi jusqu’à 22h), le samedi de 11h à 20h, le dimanche de 11h à 19h. 5€ plein tarif, 4€ en tarif réduit.

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